Vendredi 18 janvier 2008
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Ils avaient finalement décidé d’envoyer Hiver en France mais
de prendre l’assurance.
― Qu’est-ce que tu dirais d’aller à l’école ? demanda Frigida.
― À l’école ? Mais qu’est-ce que c’est que l’école ? demanda Hiver.
― C’est une sorte d’igloo où tu apprendras des tas de choses.
Hiver ouvrit de grands yeux noirs et cessa de lécher son sorbet aux algues vertes.
― Mais je sais déjà tout ! dit-il. Qu’est-ce que je pourrais bien apprendre ? Je sais utiliser ma baguette magique et je sais construire un igloo pour les ours polaires.
Tu peux venir vérifier.
― Si tu sais déjà tout, tu apprendras le reste. Par exemple tu apprendras qu’il n’y a pas d’ours polaire au pôle sud ! répondit Frigida.
Hiver se tourna vers Bouledeblanc puis dévisagea Frigida. Il fouilla sa tignasse d’où tombèrent une ou deux crevettes déjà bien sèches et quelques autres bibelots du même
genre.
― À part Bouledeblanc bien sûr. Mais tous les ours polaires ne voyagent pas en tapis volant avant de s’écraser ici, ajouta Frigida.
― Comment est-ce que tu sais qu’il est venu en tapis volant ? demanda Hiver.
― Et d’où crois-tu que je tiens le nouveau tapis sous la table du salon ? répondit sa mère.
― Je préférais l’ancien, répondit Hiver.
― C’est pour ça que tu y as mis le feu trois fois, dit Surgelo dont la moitié de la moustache avait été emportée par le dernier incendie.
Il fallait être un enfant doué pour provoquer un incendie en Antarctique et Hiver en était fier.
― Et que tu as renversé tout ce qui pouvait être renversé dessus, sans parler du reste. IL NE RESTAIT RIEN de l’ancien tapis ! ajouta Frigida. Pour en revenir à cette école,
elle se trouve en France et il fait chaud là-bas. Tu verras, c’est très désagré… très agréable pour un sorcier de ton âge. Ça te changera. Et puis ce n’est que pour une semaine, deux tout au
plus. Et puis tu m’agaces ! Tu fais ta valise et tu prends ce maudit traîneau pour pouvoir attraper le prochain avion.
Hiver termina son sorbet et jeta l’arête.
― Pourquoi est-ce que je ne peux pas voyager sur un balai comme n’importe quel sorcier ? demanda t-il tout de même. Ça irait plus vite.
― Non !
― Pourquoi ?
― J’ai dit non ! Est-ce que tu as vu un balai volant dans les environs toi ?
― Ah oui ! C’est vrai, dit Hiver. Et comment est-ce que je fais pour amener Bouledeblanc avec moi ? Il ne tiendra jamais dans ma valise.
― IL RESTE ICI ! Bottus Hocus!
Aussitôt un éclair à tête chercheuse jaillit de la main de Frigida. Cet éclair fit le tour d’Hiver avant de venir lui brûler le fond du pantalon. Hiver sursauta. Il n’avait pas
encore appris à éviter les éclairs à tête-chercheuse de Frigida mais ce n’était qu’une question de temps et elle le savait. Alors elle en profitait pendant qu’il était encore temps !
― Ouch ! Je l’ai senti passer celui-ci, dit Hiver en se frottant les fesses.
Surgelo baissa son journal, secoua la tête de droite à gauche puis reprit sa lecture. Une semaine ! Une semaine entière de paix et de tranquillité sans compter qu’il faut
trois semaines pour se rendre à l’aéroport en traîneau et trois semaines pour en revenir. Ça fait pratiquement deux mois. Surgelo se mit à rêver, un sourire béat sur le visage heureusement caché
par son journal. Avec un peu de chance un humain prendrait Hiver pour un animal rare et le mettrait en cage dans un zoo ! Oh oui ! Ce serait si… Oh ! Ce serait tellement… Non ce
serait mal. Mais ce serait si… Oui, mais non. Ce serait mal. Après tout ce chenapan était son fils. Il baissa son journal une fois encore, regarda longuement Hiver, de la tête aux pieds. Il
laissa échapper un soupir. Oui, il n’y avait pas de doute, Hiver était bien son fils. Et bien tant pis. Et tant pis pour le zoo aussi.
― Attends ! Tu ne peux quand même pas aller là-bas avec la peau bleue, soupira Frigida. Les gens pourraient trouver ça dégoûtant. Laisse-moi régler ça.
Elle fit tournoyer son index devant Hiver.
― Epidermis colorius. Voilà ! Ça devrait aller avec cette couleur, lui dit-elle. C’est peut-être un peu foncé pour la France mais ça ira. Oui, ça ira.
Hiver s’inspecta de la tête aux pieds. Lui-même préférait le bleu au brun foncé mais sa mère devait avoir raison. Les gens à l’école devaient préférer le brun.
― Maintenant tu vas te préparer à partir. L’avion part le mois prochain. Tu auras juste le temps, dit Frigida.
Surgelo ne put s’empêcher de lever les bras en signe de victoire.
Hiver retourna à son igloo en compagnie de Bouledeblanc. Lorepure était là à les attendre tous les deux.
Lorepure était sa meilleure amie. Elle était la meilleure amie de tous les sorciers des glaces d’ailleurs. Et ses parents étaient les plus riches de la banquise 46. Leur maison
était la plus grande et ils avaient même un gnome pour leur faire la cuisine. Lorepure était déjà grande pour ses huit ans et était une sorcière douée pour son âge. Elle avait aidé Hiver à faire
rentrer la piste de bowling dans l’igloo même si Hiver avait eu un peu de mal à faire entrer Lorepure par la porte de l’igloo.
― Salut. Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda la jeune fille.
― Je fais ma valise. Je vais à l’école.
Hiver se tourna pour mettre quelques objets dans sa valise. Celle qu’il avait failli recevoir sur la tête un jour où un avion avait survolé la maison de ses parents. C’est ainsi
qu’il avait gagné deux cravates, l’une rouge et bleue et l’autre bleue et rouge, le nœud-papillon qu’il avait offert à Lorepure et qu’elle portait fièrement à son poignet ou à sa cheville, deux
paires de chaussettes trouées, un paquet de cartes de visite au nom de la compagnie d’assurance Douglas Pépin, un nécessaire de toilette inutilisable et surtout un jeu d’échec avec un manuel
d’apprentissage. Pour l’instant Bouledeblanc le battait encore mais Hiver faisait des progrès.
― Tu as un trou dans ton pantalon, lui dit Lorepure. Ne me dis pas que tu ne sais toujours pas éviter les éclairs à tête chercheuse ! Ma mère n’essaye même plus avec
moi.
― Ma mère vise mieux que la tienne, c’est pour ça. Je ne trouve pas la télécommande de ma télévision. Tu la vois ?
Sans faire attention à Lorepure, Hiver retira son pantalon et passa le doigt dans le trou qu’avait fait l’éclair. Il pouvait appeler le numéro de téléphone d’un centre d’aide qui
s’occupait des petits sorciers avec des problèmes de trous dans le derrière de leurs pantalons. Ce centre servait sûrement à recoudre les trous. Mais il n’y avait pas de téléphone à cinq milles
kilomètres à la ronde et de toute façon c’est Frigida qui s’occupait de ce centre ! Alors Hiver rangea le pantalon dans sa valise.
― Tu viens chez moi ce soir ? Le gnome a préparé de la soupe de vers des abysses et des gâteaux de krill au caramel. Il y aura tout le monde et on pourra faire des vœux
pendant l’aurore australe.
― D’accord. Mais il faudra que je rentre tôt, avant l’aurore australe. Demain matin je dois filer en traîneau pour attraper l’avion le mois prochain sur la banquise 367.