Mardi 31 juillet 2007

 



Les Rita Mitsouko. Un duo qui a apporte une touche d'originalite.
Par Robert Dorazi - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 31 juillet 2007

 




Ca donne envie de vivre a Toulouse. Une grande chanson de Nougaro.
Par Robert Dorazi - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 31 juillet 2007

  Inoubliable Bourvil

Par Robert Dorazi
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 27 juillet 2007
C'est rate pour gallimard et pour Rageot (plutot rapides dans leur reponse, un peu plus d'un mois).
Par Robert Dorazi - Publié dans : Toupourlamagy
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 14 juillet 2007
Cette histoire fera partie d'un recueil de nouvelles d'auteurs lulu du groupe SFFF. Le principe est simple : Le titre et la premiere phrase de la nouvelle doivent etre : "Et si..." Le nombre de caracteres doit rester compris entre 20000 et 60000. Je dois avouer que cette nouvelle n'est pas une histoire de science fiction, a peine de l'anticipation.


Et si tu me lisais une histoire ?

 
— Et si tu me lisais une histoire ? demanda Cyril.
Protégé par Génétikman, le super-héros dont l’effigie était imprimée sur la couverture, Cyril ne craignait personne. Les deux mains croisées derrière la tête, il fixait son père.

Jack Kovac ne put réprimer une grimace. Il leva les yeux sur l’étagère de la chambre. Elle était encombrée de livres de toutes tailles. C’était surtout Caroline, la mère de Cyril, qui les achetait.
— Tu peux lire ces livres tout seul.
— Mais papa, j’aimerais que tu en lises un pour moi. Pour une fois.
Jack approcha une chaise du lit.
— Je vais plutôt te raconter une histoire. Ce sera plus intéressant.

Jack s’installa aussi confortablement que possible sur la chaise. Il ne lui fallait en général pas très longtemps avant de s’endormir quand il racontait une histoire à son fils.

 

Au petit matin, après un petit déjeuner comme ils les aimaient tous les deux, c’est à dire un petit déjeuner constitué de ce qui traînait dans le frigo et qui ne sentait pas trop mauvais, Jack conduisit Cyril à son école, empruntant le même chemin qu’il parcourait déjà plus de vingt ans auparavant.

D’abord la rue des Saules. Jack l’avait souvent descendue à pied avec ses amis, renversant ici et là quelques poubelles avant de détaller vite fait.

Mince ! J’ai encore oublié de sortir les poubelles ce matin.

Jack prit à gauche après le kiosque à journaux, et longea la rue des Grands Ormes.

Cette rue n’avait pas beaucoup changé depuis le début des années deux milles. Même le vieux Bartoldi, qui devait approcher les quatre vingt ans, habitait toujours la même bicoque, celle où Jack avait embrassé une fille pour la première fois. Elle s’appelait Brigitte. C’était le 13 juin 2014. Il s’en souvenait très bien. C’était le jour de la naissance de sa sœur.

— Il faudra que je pense à son anniversaire. On n’a pas tous les jours vingt ans, dit-il à haute voix.

Il s’arrêta au feu rouge et se rendit compte que Cyril le regardait d’un air étonné.

— C’est bientôt l’anniversaire de tante Martine.

— Mais papa !

Le feu passa au vert.

— Je sais, je sais. Ne fais pas attention, dit Jack.

Il arriva au bout de la rue du 13 Février et stoppa la voiture devant un bâtiment circulaire gris et bleu.

— On est arrivé. N’oublie pas ton sac et n’en fais pas trop. N’embête pas tes profs ! dit-il à son fils avec un clin d’œil.

Il laissa le moteur tourner. Caroline les attendait. Après s’être assuré qu’elle n’oublierait pas de venir chercher Cyril, Jack prit la direction du bureau.

 

Une dizaine de minutes plus tard il poussa la porte du commissariat où il travaillait. Plus précisément il poussa la porte de la petite unité à laquelle il appartenait. Le bureau des Stupéfiants électroniques, le BUSTE comme l’appelaient, pour se moquer, les autres membres de la division.

Jack à peine assis à son bureau, un homme qui s’habillait chez XXL entra sans s’annoncer. Sa chemise, à moitié sortie de son pantalon, figurait une publicité ambulante pour les laveries automatiques.

— Leboulanger nous cherche, dit-il dans un baillement. Y paraîtrait qu’il est furax. Eh ! Kovac ! On est dans l’pétrin… Leboulanger… Dans l’pétrin. T’as saisi la blague ?

— J‘ai saisi, j’ai saisi. Deux ou trois autres comme celle-là et tu pourras passer à la télé. Et puis tu pourrais changer de fringues de temps en temps, Galdini. Ça se fait, tu sais !

— Ah d’accord ! J’ai compris. T’as r’vu ton ex ? C’est ça, hein ?

— C’était mon week-end de garde. Bon sang Galdini ! Mon gosse a sept ans, il lit des bouquins que même Caro trouve difficiles à comprendre. Hier soir il m’a fait remarquer que je lui avais déjà raconté la même histoire la veille de son sixième anniversaire, que la voiture volante était une Peugeot blanche, pas une Renault bleue, que je m’étais planté dans les numéros d’immatriculation et que la copine du héros s’appelait Chantal et pas Crystal. Cyril a une mémoire photographique, il a sûrement un Q. I. à quatre chiffres et moi je travaille ici avec Karen et toi !

— Leboulanger nous attend toujours, répondit Galdini. Et il est furax.

— Leboulanger est toujours furax ! Qu’est-ce que c’est cette fois-ci ? Un Père-Noël a piqué un sac de bonbons ? Une vieille a pété les plombs et elle a fait un strip-tease en pleine rue ?

 

Cette fois les choses étaient autrement sérieuses. Et Leboulanger était vraiment furieux. Cette fois il y avait un cadavre ! Et la victime était bien connue !

— Qui c’est ce Gérard Lamande ? demanda Galdini.

— Je le crois pas ! répondit Karen, l’élément femelle de l’équipe dont le tour de poitrine à lui seul l’aurait qualifiée pour travailler au BUSTE. Qu’est-ce que tu fous de tes soirées Galdini ? Tu zieutes pas la télé ou quoi ? Purée ! Gérard Lamande c’est celui qui a gagné la finale de Debilestory. Bon sang, tu devrais t’instruire de temps en temps. J’arrive pas à le croire. Lamande a cané. J’avais voté pour lui jusqu’au bout. J’avais jamais entendu quelqu’un raconter des histoires aussi nulles. Il a écrabouillé tous les autres candidats.

— C’est bon ? Vous avez terminé Karen ? demanda Leboulanger.

Karen avait terminé et secoua la tête de dépit.

— Pour en revenir à notre affaire, Boss, je vois pas bien, sans jeu de mot, en quoi cette affaire nous concerne, dit Jack. Si c’est un meurtre c’est le boulot de la Crim et si c’est un suicide… Enfin je veux dire, ce Lamande était pas une lumière. Il a bien pu s’envoyer en l’air avec un truc normal.

Karen lança un regard noir à Jack, qui s’en moquait comme de sa première chemise.

— S’envoyer en l’air, répéta Leboulanger. Ouais, c’est le cas de le dire. Mais Lamande n’avait pris aucun truc normal, comme vous dites, Kovac. Le labo a analysé tout le sang que ce gars avait encore dans ses veines. Et après une chute de treize étages, il n’en restait pas lourd !

— Le treizième étage ? Eh Boss, ça lui aura pas porté bonheur ! déclara Galdini avant d’éclater d’un rire qui fit trembler toute sa bedaine. Oh mince ! J’suis vraiment en forme ce matin.

Leboulanger laissa échapper un soupir. Mais il fallait bien qu'il fasse  avec les officiers qu'il avait, y compris Galdini. Il tâtonna sur sa gauche puis ouvrit un tiroir d’où il sortit un objet.

— On a retrouvé ça dans l’appartement, dit-il en jetant une sorte de livre plastifié sur la table devant lui. Je me suis laissé dire que c’est un des nouveaux modèles. Le dernier cri en matière de livre électronique. Il était encore activé quand on a retrouvé le corps.

Ce que Leboulanger appelait livre électronique, c’était un de ces e-books. Ils étaient devenus communs depuis une vingtaine d’années maintenant. Pratiques, sans pages, indéchirables. On pouvait télécharger ou recevoir des histoires, entre autres, directement par satellite et lire l’e-book comme un livre normal. C’était plutôt un bon gadget et très populaire avec ça. Surtout chez les plus jeunes. Il restait encore pas mal de réfractaires au e-papier parmi les générations plus anciennes !

Tout avait bien fonctionné pendant une dizaine d’années. Et puis les premiers incidents étaient apparus. Personne n’avait fait le lien au début. D’ailleurs ce n’était rien de grave. Quelques maux de têtes, quelques pertes de mémoires ou quelques comportements étranges. Pas de quoi fouetter un chat. Et puis le lobby e-book était bien implanté. Le marché des histoires écrites et des histoires filmées représentait des milliards de dollars. La seule mesure concrète qui avait été prise était un avertissement à l’achat d’un e-book: Ne pas regarder son e-book plus de trois heures par jour.

Bien sûr ça n’avait rien changé. Les « petits problèmes » avaient continué dans l’indifférence presque totale.

Et puis il y avait eu cette affaire Legantine. Cette jeune neurobiologiste retrouvée assassinée chez elle en 2029. Quelqu’un s’était donné bien du mal pour maquiller le meurtre en suicide. Malheureusement le ou les meurtriers ignoraient que Legantine avait eu le temps d’envoyer un message à tous les e-book de la planète. Elle avait tout simplement découvert qu’il était possible de rendre les gens dépendants de leur e-book en envoyant des sortes de virus informatiques. C’était comme un phénomène d’hypnose à distance. Il suffisait de trouver la bonne histoire, les bons mots, pour entraîner la dépendance chez les lecteurs les plus influençables.

Ainsi étaient apparus les premiers e-dealers. Et c’est à ce moment aussi que les agents du BUSTE avaient été recrutés. Les moyens financiers étaient limités et l’unité était souvent raillée par les autres policiers. Le travail n’était pas vraiment compliqué mais le public se sentait rassuré quand on lui disait qu’une unité « d’élite » avait été formée. Et quelles élites !

— Qu’est-ce qui vous fait croire que le saut de l’ange de Lamande a quelque chose à voir avec son e-book ? Personne n’a jamais signalé un cas pareil, fit remarquer Jack. Il faudrait au moins une drogue électronique de catégorie quatre pour pousser quelqu’un au suicide. Et pour l’instant, personne n’a même jamais signalé de stupéfiant de catégorie trois. Alors une catégorie quatre !

— Jusqu’à aujourd’hui, répondit Leboulanger. Pour le moment personne n’est au courant pour le livre électronique et ça doit rester ainsi. J’espère que je suis clair. Galdini, si vous sortez une blague la-dessus, je vous fous mon pied quelque part.

Leboulanger était clair et Galdini rangea la blague qu’il avait sur le bout de la langue.

— Qui vous a refilé l’e-book ? demanda Karen.

Leboulanger remua sur sa chaise. Ses yeux bougeaient derrière ses lunettes. Un signe de nervosité chez lui.

— C’est Greg Syber, murmura t-il.

— Vous parlez du Syber de SyberMonde ? demanda Galdini

— Lui-même. Vous m’étonnez Galdini, ajouta Leboulanger d’un air soupçonneux. Vous vous êtes mis à l’informatique ?

— Nan ! C’est ma femme, l’intellectuelle de la famille. Nan, mais moi j’rate pas un épisode des Samsons. C’est un super dessin animé. Le Syber de SyberMonde, il est drôlement bien dessiné. Avec sa verrue, sa perruque et tout ! Même mon voisin r’garde. Et pourtant mon voisin, il a pas inventé de fil à attacher le beurre.

— Le fil à couper le beurre, Galdini ! corrigea Karen.

Galdini haussa les épaule. Il n’y avait qu’une femme dans l’unité et il fallait que ce soit une Karen !

— Dieu sait comment et pourquoi, mais Lamande et Syber se connaissaient, reprit Leboulanger. Je vous rappelle que les trois quarts des ordinateurs de ce commissariat ont été offerts gratuitement par Syber. Sans parler des œuvres de charité et du reste. Inutile de vous dire que nous ne voulons pas de vagues, asséna t-il. Officiellement c’est un suicide dû au stress. Mais quand il m’a donné ce livre électronique, j’ai bien senti que Syber tremblait comme Galdini quand il rit.

Galdini ne trouva rien de drôle à dire cette fois.

— C’est Syber qu’a découvert le corps ? s’étonna Jack.

— Kovack, faîtes-moi plaisir. N’en demandez pas trop. On ne vous a pas enrôlé dans cette unité pour être malin. Syber veut que vous passiez à son labo, voir un dénommé Harry Base. Vous irez voir ce gus. Galdini et Karen, vous irez rendre visite à nos amis, juste au cas où l’un d’entre eux aurait quelque chose à dire.

— Toujours les mêmes qui s’tapent le sale boulot, ronchonna Galdini.

— C’est pour moi que tu dis ça ? demanda Karen.

— Dernière chose, Karen, dit Leboulanger. Est-ce que ma cravate est toujours droite ? Je dois parler au divisionnaire dans cinq minutes.

— Ben, elle est droite votre cravate, Boss. Mais…

— Mais quoi ?

Karen hésita une seconde.

— Vous avez mangé du chocolat, non ?

Leboulanger porta la main à son cou.

— Zut ! C’est le croissant de ce matin. Tant pis, j’irai sans cravate.

— Boss, le chocolat, c’est surtout sur votre chemise qu’il est étalé, lui apprit Karen.

— Bon ! Allez, barrez-vous tous !

 

Le laboratoire de recherche de SyberMonde se trouvait à la sortie de la ville, sur un ancien terrain vague. Une quinzaine d’années plus tôt il n’y avait encore que trois ou quatre vieilles maisons dans lesquelles des tziganes venaient faire une halte de temps en temps. Jack avait bien connu quelques-uns, et surtout quelques-unes, d’entre eux. C’était bien loin tout ça. Aujourd’hui il fallait un laisser-passer pour entrer sur le parking. Jack montra au scanner le seul laisser-passer qu’il avait, c’est à dire sa carte de police. D’ailleurs le garde avait reçu des ordres et ne fit aucun problème pour le laisser entrer. Jack ouvrit sa fenêtre et demanda à voir Harry Base.

― Vous voyez ce bâtiment circulaire ?

Il va pas oser quand même !

― Et ben, c’est pas là.

Il a osé l’animal !

― C’est le bâtiment juste en face, dit le garde, tout content de lui. C’est là que vous trouverez Harry. Au second sous-sol. Il vous attend.

Jack gara sa voiture, une vielle Peugeot, entre une Mercedes et une Porsche ancien modèle qui devait coûter cinq ou six ans de son salaire ! Il pensa un moment la frôler d’assez près pour laisser une belle éraflure.

Il marcha jusqu’au bâtiment que le garde lui avait indiqué et finalement trouva assez rapidement celui qu’il venait voir.

 

Le labo ressemblait exactement à ce à quoi s’attendait Jack. Une salle aseptisée remplie d’ordinateurs et de machines que Jack n’avait jamais vues auparavant. Au milieu de cette pièce, un jeune homme habillé d’un jean, d’une chemise blanche sans faux-pli et d’une cravate pour laquelle Leboulanger aurait donné son bras gauche. Et Leboulanger était gaucher.

— Harry Base, se présenta l’homme. Syber m’a mis au courant.

Il tendit la main.

— Jack Kovac, officier Jack Kovac, précisa Jack sans serrer la main que l’autre lui tendait. Je crois que c’est à vous.

Il lui rendit l’e-book.

— C’est à nous, en effet. J’ai eu le temps de le scanner complètement hier, juste après… Enfin, vous savez, dit Harry.

— J’ai encore du mal à croire que ce truc soit responsable du suicide de Lamande, dit Jack. Est-ce que vous avez pu identifier le stupéfiant responsable ?

— À vrai dire, non, officier, avoua Harry. Et j’ai bien peur que ce ne soit impossible.

Voilà le genre de réponse qu’un homme comme Jack n’aimait pas beaucoup. Il sortit un paquet de cigarettes de sa poche.

— Désolé officier, mais il est interdit de fumer ici, lui dit Harry.

Jack haussa les épaules et ouvrit le paquet sans se soucier de ce que qu’Harry Base venait de dire. De ce paquet il versa quelques smarties dans sa main.

— C’est bien pratique non ? dit Jack en croquant les smarties. Votre patron, comme par hasard, se trouve près de Lamande juste au moment où il prend sa fenêtre pour le plongeoir de la piscine municipale; Syber emporte l’e-book avant que la police n’arrive, ce qui en passant est un délit passible de la prison; il vous donne l’e-book en question et aujourd’hui vous dites que cet e-book est responsable mais qu’il est impossible de trouver le stupéfiant électronique. Et je devrais vous croire !

— C’est pourtant la vérité, répondit Harry, agacé. Pourquoi Syber aurait-il rendu l’e-book à votre chef s’il avait voulu se cacher ? Tout le monde aurait conclu à un vrai suicide si Syber avait gardé l’e-book.

Ce n’était pas faux mais il y avait des tordus partout. Les deux hommes se fixèrent quelques instant, aucun des deux ne voulant baisser les yeux.

— Comment est-il possible d’envoyer un stupéfiant électronique sans qu’il en reste de trace ? demanda finalement Jack. Et pourquoi Syber était-il si nerveux quand il a rencontré Leboulanger ?

Harry s’assit sur une chaise roulante et invita Jack à faire de même mais celui-ci préféra rester debout.

— Que savez-vous exactement à propos de ces stupéfiants ? demanda Harry.

— Je travaille au BUSTE depuis assez longtemps pour savoir que le même stupéfiant électronique écrit sur du papier ne provoque pas les mêmes réactions que s’il est lu sur vos e-books, répondit Jack. Ce qui veut dire que sans vos gadgets, Lamande serait encore en train de faire le con à la télé.

Ce gars me cherche ou quoi ?

— C’est juste. L’effet stupéfiant est une combinaison entre les mots et l’émission lumineuse de l’écran spécial de l’e-book. Je vous assure officier que les laboratoires Syber, et tous les autres labos, travaillent d’arrache pied pour imaginer un nouveau mode écran. Moi-même…

— Il y a un macchabée à la morgue qui vous dira que les labos Syber ne travaillent pas assez, répondit Jack plus sévèrement qu’il ne l’aurait souhaité.

Cet Harry Base n’était pas le mauvais bougre et il était un employé, même s’il devait être payé une fortune pour ses talents. Quelques notes de You can’t be that dumb des Pyramids indiquèrent à Jack qu’il avait un appel sur son portable.

— Juste un instant, s’excusa t-il. Ouais, c’est Jack… Oh zut ! Et où ?… Oh ! Et ils savent déjà que c’est un cas similaire à celui de Lamande ?… Je vois. Ça explique… Justement il est ici. Il va pas être content.

Jack se tourna vers Harry Base. L’informaticien regardait son portable en essayant de ne pas sourire.

C’est pas le dernier modèle. Et alors ? Tout le monde peut pas se balader avec une antenne dans l’oreille comme toi.

— Un problème, officier Kovac ?

— On peut dire ça, oui. Enfin c’est surtout un problème pour votre patron. Une autre victime vient d’être identifiée.

Harry ne sembla pas vraiment surpris.

—Et vous êtes certain qu’il s’agit d’un autre cas ? Si rapidement ? demanda t-il.

— La victime a été retrouvée dans son congélateur. Elle vivait seule à Madrid et n’avait aucun ennemi. Elle tenait encore son e-book SyberMonde dans les mains. L’écran était même encore allumé.

— La victime est espagnole ? s’écria Harry, le visage blanc comme un linge cette fois. Vous êtes certain de ça ?

Jack serra les mâchoires.

Zut ! Je viens de passer pour un branque.

— Je rappelle Leboulanger, dit-il. Il va pas aimer.

Effectivement, Leboulanger passa un savon à Jack. Mais il avait l’habitude et il laissa passer l’orage avant de demander quelques précisions avant de raccrocher.

— Au temps pour moi. La femme était française. Une certaine Nadine Coutrot. Elle habitait Madrid depuis sept ans. Elle avait déménagé juste après son divorce. Comment vous saviez que la victime était française ?

— À vrai dire, j’espérais qu’elle était française, dit Harry Base. Enfin, c’est une façon de parler. Voyez-vous, la probabilité que deux drogues de catégorie quatre apparaissent sur le marché en même temps, est quasiment nulle. Et les stupéfiants électroniques n’agissent que sur des personnes qui comprennent les mots qu’ils lisent. Alors à moins d’être parfaitement bilingue, ce qui est rare, il est impossible d’être affecté par un texte écrit dans une autre langue que la sienne. Heureusement, les stupéfiants électroniques n’ont pas encore sauté la barrière linguistique. Si cela devait arriver un jour, ce serait catastrophique. Lamande était francais, les autres victimes seront également françaises.

Les autres victimes ?

—Vous pensez qu’il y en aura d’autres ? demanda Jack.

Harry ne répondit pas à cette question mais son regard en disait plus long qu’un discours.

— Vous n’avez malheureusement pas encore entendu le pire de l’histoire, dit-il.

— Envoyez ! l’invita Jack.

Il avala quelques smarties supplémentaires.

— Ce stupéfiant électronique catégorie quatre est aussi un stupéfiant fragmenté, dit Harry comme si cette révélation devait faire trembler le building sur ses fondations.

Jack ne réagit pas.

— Vous ne savez pas ce que c’est, n’est-ce pas ?

— Jamais entendu parler, dit Jack. Mais à voir votre tête, je dirais que c’est un truc pas cool.

— Pas cool du tout. Jusqu’à maintenant les seuls stupéfiants électroniques que je connaissais étaient linéaires. L’histoire était téléchargée, lue et hop ! On se prenait pour Génétikman. Au pire, on mettait la dinde de noël dans le micro-onde pour la transformer en mongolfière. Ce genre de stupéfiant électronique est assez simple à traquer sur un e-book. Mais le stupéfiant qui a envoyé Lamande ad patres, est une sorte de puzzle. L’histoire emprunte des mots à une autre histoire tout à fait inoffensive pour s’écrire elle-même.

J’ai décroché à « linéaire ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et c’est où ça, Adpatresse ?!

— Je suis perdu là, avoua Jack.

— Moi aussi, dit Harry. Je vous donne un exemple: Vous lisez dans un texte les quatre phrases suivantes: Un dimanche de pluie; allons danser au bois; dans le tunnel du St Marin; et enfin, le printemps est vert. Aucune de ces trois phrases n’est dangereuse en elle-même mais en les lisant l’une après l’autre, vous lisez aussi: Dimanche, allons danser dans le tunnel vert. Et cette phrase devient un stupéfiant électronique. C’est ce qu’on appelle un stupéfiant électronique fragmenté. N’importe quelle histoire dans laquelle les mots que je viens de prononcer existent dans le bon ordre, peut servir de matrice pour un stupéfiant fragmenté.

— Et comment vous identifiez l’histoire de départ ?

Harry leva les bras en l’air.

— Oh je vois ! Vous pouvez pas.

Toutes les mêmes ces grosses têtes. J’espère que Cyril…

— C’est pratiquement impossible à moins d’être là juste au moment où quelqu’un est assez malchanceux pour tomber dessus. J’ai pu retrouver deux mots dans l’e-book de Lamande grâce à un nouveau procédé mis au point ici et qui peut détecter l’impression résiduelle sur le revêtement de l’écran. J’ai pu sauver ces quelques mots seulement parce que Syber m’a rapporté l’e-book juste après… Malheureusement ce sont des mots tellement banals qu’ils ne serviront à rien. Ce qu’il faudrait c’est un nom propre ou un nom vraiment spécial, pour pouvoir remonter à l’histoire originale.

Jack demanda à Harry d’imprimer les deux mots qu’il avait pu retrouver. Il rangea le papier sans le regarder.

— Vous aurez peut-être plus de chance avec l’e-book de cette femme en Espagne. Je vais vous le faire envoyer, dit-il.

— Faites toujours, répondit Harry, mais toute trace disparaît après seulement quelques heures. Je ne pense pas obtenir plus de renseignements de cette victime là.

De cette victime là ? Il me fout la trouille ce gars en parlant comme ça.

— Si vous n’avez rien de plus à m’apprendre, je vais retourner au bureau. Mes collègues auront peut-être eu plus de chance.

Harry lui donna une carte avec un numéro de téléphone et une adresse e-mail.

— Juste au cas où, lui dit-il.

Jack y jeta un coup d’œil et la mit dans sa poche.

— Au fait, j’ai bien failli érafler une voiture sur le parking. J’espère que c’est pas la vôtre.

— Aucun danger, je n’ai pas mon permis. Quelle voiture ?

— Une Porsche ancien modèle, répondit Jack. Une antiquité qui vaut la peau des fesses.

— C’est celle de Belding. Un idiot complet ! Mais un idiot qui dirige tout le département. C’est un fou du volant. D’ailleurs avec son salaire, il peut se le permettre. Ne vous gênez pas en repartant, si vous voulez laisser une ou deux éraflures ! dit Harry avec un sourire en coin.

Jack s’apprêta à quitter la pièce, mais il se retourna.

— J’ai un fils, un petit génie.

― Je connais Cyril, dit Harry. J’enseigne depuis deux semaines dans son école. Il ira loin c’est sûr. Peut-être dans l’informatique aussi.

Au moins maintenant je sais pourquoi Leboulanger m’a choisi pour venir ici.

― Juste par curiosité; est-ce qu’on gagne bien sa vie dans ce boulot ? demanda Jack.

— Ça dépend, pour tout dire. Je viens juste d’être augmenté. Je suis passé à 37000 euros par an ! dit Harry. Dites, je prendrais bien quelques-uns de ces smarties.

Jack sortit le paquet et le tendit à Harry.

— Gardez tout. À bientôt peut-être.

Jack laissa Harry à ses jouets.

Incroyable. Ce type a sûrement bac + 12, il gagne à peine plus que moi et il a l’air content !

 

Lorsqu’il revint au bureau, Galdini et Karen n’étaient pas encore là. Jack en profita pour avaler un sandwich jambon salade et un café sans sucre. Puis il sortit le papier sur lequel Harry Base avait imprimé les deux mots et, juste par curiosité, il les recopia dans le moteur de recherche de son ordinateur.

L’écran se remplit aussitôt d’une multitude de sites.

Ouais, autant chercher un pixel dans une décharge d’ordinateurs !

D’ailleurs, Jack savait très bien qu’il n’aurait rien pu faire de cette manière. Mais ils avaient chacun leur ordinateur personnel, alors autant s’en servir de temps en temps !

Il fixait toujours son écran quand Karen et Galdini entrèrent. Galdini se mit à rire dès qu’il aperçut Jack.

— Oh ! T’as pris des cours chez ce type de Syber ?

Même Karen ne put s’empêcher de rire.

— Va te faire voir, Galdini, répondit Jack en éteignant son ordinateur. J’espère que vous avez eu plus de veine que moi.

Mais ce n’était pas le cas. Galdini avait secoué Le Furet, Gartillon et les autres. Sans succès. Karen avait même failli assommer la vieille Barkela. Mais aucun d’eux n’avait téléchargé de stupéfiant de catégorie quatre et aucun n’avait entendu parler d’une affaire pareille. Gartillon avait même cru que Galdini cherchait de la cocaïne quand il avait parlé de catégorie quatre !

D’ailleurs, pourquoi le dealer serait-il dans cette ville ? C’était grotesque d’espérer ça. N’importe qui, dans n’importe quel pays, aurait pu envoyer cette saloperie.

— Tu veux mon avis, Jack ? demanda Karen à vois basse. Je crois que toute cette histoire c’est de la daube pour protéger Syber. Il a dessoudé Lamande et maintenant il voudrait qu’on retrouve un stupéfiant électronique que personne n’a jamais vu.

Jack n’était pas loin de penser la même chose. Pourtant Harry Base avait semblé convaincant.

— Karen ! On vous a greffé un deuxième cerveau pendant le déjeuner ? Voilà que vous aussi vous vous mettez à réfléchir ? tonna la voix de Leboulanger. C’est génial ! Avec Kovac ça fait deux. Si Galdini vous rejoint, j’aurai une dream-team. Mais ça au moins je suis certain que ça n’arrivera jamais, même avec les progrès de la médecine.

L’humeur de Leboulanger ne s’améliora pas quand Jack, Galdini et Karen lui firent leur rapport. Mais jusqu’à nouvel ordre, cette histoire devait rester entre les murs du BUSTE.

Par Robert Dorazi
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Samedi 14 juillet 2007
 

 

Quatre jours plus tard une troisième victime s’ajouta à la liste. Leboulanger, même s’il commençait lui aussi à paniquer, insista pourtant pour garder le secret. Il fallait protéger les pauvres petits actionnaires de SyberMonde ! Harry Base avait pu retrouver trois autres mots. Encore des mots très banals: plaque, baguette, courte. Même avec les deux autres, ciel et roue, il était impossible de remonter à l’histoire. Aucun des dealers de stupéfiants électroniques connus n’avait pu donner ne serait-ce que le bout d’une piste et aucun d’entre eux n’avait les épaules assez larges pour la catégorie quatre.

Pas envie de rentrer maintenant ! Un ciné plutôt.

Il arrêta sa voiture devant l’Hades Studio et jeta un œil aux affiches avant de se décider. Il prit un ticket au distributeur automatique. Le film était déjà commencé et Jack choisit de s’asseoir sur un des derniers rangs. L’écran s’illumina quand le vaisseau spatial KY345 explosa et Jack aperçut Karen quelques rangs devant lui. Elle avalait des pop-corns en regardant le film. Sa tête était posée sur l’épaule de sa nouvelle petite amie, Natacha, une fausse blonde que Karen lui avait présentée quelques semaines plus tôt. Karen n’avait jamais fait de mystère de ses préférences intimes depuis le jour où Jack l’avait draguée, sans savoir. C’était juste après son divorce d’avec Caroline.

Inutile d’aller les déranger. Quand même c’est con ! Une fille comme Karen. En plus sa copine a au moins 20 ans de plus… Mais oui, bien sûr ! C’est ça.

C’est pour ça que Syber connaissait Lamande ! Et c’est pour ça aussi qu’il se trouvait là quand Lamande s’était envolé par la fenêtre. La jalousie était un motif aussi bon qu’un autre pour un meurtre. Après tout Lamande était trente ans plus jeune que Syber et il était plutôt beau gosse.

Doucement Jack. Tu travailles pas pour la Crim. Et Boulanger te l’a dit: T’as pas été recruté pour être malin. La vie privée de Syber te regarde pas. Il faut trouver ce stupéfiant, c’est tout.

Jack s’éclipsa avant la fin du film. Un mauvais film de science-fiction. Même jack savait que les vaisseaux ne font pas de bruit quand ils explosent dans l’espace.

Il passa à la Sorbonne, le bar de la rue Berthier, but un cognac et un jus de pomme comme d’habitude, puis rentra chez lui, fatigué. Bien sûr le frigo était pratiquement vide et il n’avait pas envie de sortir faire les courses. Il commanda une pizza aux olives et au jambon. La pizza arriva à moitié froide et il ne trouva pas le jambon. Mais avec une bière, ça passerait.

Il écoutait le dernier album des Pyramids pour la troisième fois cette semaine quand son téléphone sonna.

― Caroline ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu m’as fait peur… Sans problème. Je passerai demain matin pour le prendre… Mais pas du tout ! Au contraire, ça me fait plaisir d’avoir Cyril ce week-end. À demain.

Enfin une bonne nouvelle.

Jack emmena Cyril pêcher le samedi matin. Puis un tour au parc d’attraction de Matz et le musée des fossiles l’après-midi parce que Cyril avait insisté ! Un buffet chinois le soir parce que c’était simple, que c’était gras et qu’on pouvait manger sans fourchettes. Un film et au lit.

Le dimanche matin se passa, pour une bonne partie, à faire la grasse matinée. Puis ce fut un bowling où Jack avait rendez-vous avec Galdini et Karen. Natacha n’était pas avec elle. Comme d’habitude, ce fut Jack et Karen contre Galdini et Cyril. Et comme d’habitude, Jack fut nul. Galdini était plus doué pour le bowling que pour les blagues.

― Vous venez prendre un dernier verre chez moi ? demanda Jack.

Galdini dit qu’il passerait un peu plus tard mais Karen avait un rendez-vous et passa son tour cette fois.

Une fois de retour à l’appartement, Cyril dit à son père qu’il allait dans sa chambre. Jack s’installa devant la télé. Le championnat de monde des poids lourds promettait. Mais Derzik envoya Botchenko au tapis dans le second round. Un direct qui avait même fait trembler le poste de télévision.

Guignol !

Le combat ayant cessé faute de combattants, Jack termina un repas froid puis il fit un tour dans la chambre de Cyril.

Il ne cessait jamais de s’émerveiller d’être le père d’un surdoué. Lui, Jack Kovac. Cyril lui tournait le dos mais Jack aperçut une bande dessinée.

Tiens ! Il a enfin décidé de lire des bouquins de son âge.

Le téléphone sonna et Jack laissa Cyril à sa lecture.

― Salut Caroline. Oui, le week-end a été génial. Et toi ?… Je suis content alors… Il est dans sa chambre. Et tiens-toi bien, il lit un album de bandes dessinées…. Si si, je viens de le voir. Comment t’as fait pour le convaincre… Je sais qu’il déteste… Bien sûr que non ! C’est toi qui achètes ses livres… C’est pas toi qui… ?

Jack laissa le téléphone et se précipita dans la chambre de Cyril. Une sorte de pressentiment. Il arriva juste à temps pour voir Cyril sur le rebord de la fenêtre. L’enfant se retourna vers son père.

― Et Génétikman s’élança dans la nuit à la recherche du Virus mutant, dit-il.

Il se retourna, écarta les bras et plongea par la fenêtre.

Jack plongea juste avant. Une de ses mains accrocha la jambe de Cyril tandis que l’autre s’accrocha au rebord. Mais c’était trop lourd.

On va tomber. Il faut que je tombe le premier. Je dois tomber le premier. Cyril doit tomber sur moi. Trois étages. Il va s’en tirer.

Et Jack tomba. Mais il ne tomba que de dix centimètres avant que deux mains ne le rattrapent lui et Cyril.

― Tu sais décidément pas quoi faire pour pas payer ton verre ! dit Galdini.

Il les tira tous les deux à l’intérieur de la chambre. Cyril délirait toujours.

― Galdini ! J’ai jamais été aussi content de voir ta chemise !

― Tu peux l’dire. J’ai bien failli pas v’nir. Heureusement que Botchenko s’est fait étaler vite fait. Une vraie lopette ce type. Il m’a fait perdre 20 billets.

Le regard de Galdini se posa sur l’e-book encore ouvert sur la table. L’e-book qui était caché à l’intérieur de l’album de bande dessinée.

― Purée ! fit Galdini en comprenant ce qui venait de se passer.

― Il y a des bières dans le frigo. Peut-être aussi quelque chose à béqueter, dit Jack. Sers-toi, je reviens !

Il attrapa l’e-book et, cramponnant toujours Cyril, il revint dans le salon où Caroline criait toujours dans le téléphone.

― Ça va, ça va. Tout va bien. Cyril va bien. T’expliquerai !

Il raccrocha sans autre forme de procès. Il avait une chose urgente à faire. Il laissa Galdini dans l’appartement et poussa Cyril dans la voiture. Le jeune garçon était toujours absent et parlait toujours de Génétikman et d’autres choses inintelligibles pour Jack.

Même si c’était toujours défendu par la loi, Jack sortit son portable et appela tout en conduisant.

— Harry Base, répondit une voix encore endormie.

Il est 6h ! À quelle heure il se couche ce lascar ?

— C’est Jack. Jack Kovac.

— Officier Kovac ? Oh bon sang, quelle gueule de bois ! Comment va officier ?

— Je vous dirai ça dans quelques minutes. Et laissez tomber l’officier. Rendez-vous au labo SyberMonde dans quinze minutes.

― Mais…

— Eh ! Réveillez-vous Harry. Dans quinze minutes.

― Eh… D’accord.

Quinze minutes plus tard Jack arriva devant la grille qui barrait l’entrée de SyberMonde. Harry arriva en même temps, conduit par une jolie rousse.

Le garde les laissa entrer sans problème. D’ailleurs il valait mieux pour lui.

En voyant Cyril et l’e-book Harry devina rapidement ce qui se passait. Mais il ne posa qu’une seule question alors qu’ils se dirigeaient tous les trois vers le labo.

― Combien de temps ?

― Trois-quarts d’heure maximum, répondit Jack. Est-ce que ça ira ?

― Avec de la chance !

Une fois à l’intérieur, Harry plaça l’e-book ouvert dans une chambre spéciale. Il pianota sur son ordinateur et une série de signes apparurent sur l’écran. Des signes de différentes couleurs qui défilèrent rapidement. Puis après quelques minutes interminables, certains autres signes s’écrivirent sur un second écran d’ordinateur.

― Ça marche ! dit Harry en lisant le second écran. Bientôt il y aura suffisamment de mots pour que je retrouve l’histoire d’origine.

Cyril ne parlait plus maintenant. Il se mit à somnoler puis s’endormit sur sa chaise.

— Ça y est. J’ai l’histoire, annonça Harry. Incroyable !

― Qu’est-ce qui est incroyable ? demanda Jack

― Regardez-vous même.

― Je ne vois pas, dit Jack.

― Mais c’est une histoire pour enfants ! Je n’arrive pas à le croire. Le premier stupéfiant électronique de catégorie quatre est une simple histoire pour enfants ! Écoutez ça: Et la Peugeot blanche traversa le ciel à la poursuite du dragon…

Jack blêmit.

C’est pas possible !

― Et ça: L’agent de police du royaume magique eut le temps de relever le numéro de la plaque d’immatriculation… Chantal saisit sa baguette magique et la lança à Vincent…

Harry se tourna alors vers Jack et le fixa. Une ride se creusa sur son front. Puis il fixa Cyril et encore Jack. Puis retourna à ses écrans.

Oh zut ! Il a deviné.

― Inutile d’attendre plus longtemps. Quelqu’un est peut-être en train de le télécharger ! Effacez ce truc, dit Jack.

― Voilà ! J’ai supprimé le lien d’hébergement, dit Harry. L’histoire, est effacée.

— Et c’est tout ? demanda Jack. Mais si quelqu’un a sauvegardé l’histoire, il pourra la télécharger à nouveau, non ?

— C’est pour cette raison que je vais saturer le réseau avec un leurre.

Ce gars est vraiment pas possible ! S’il était en train de se noyer et s’il appelait à l’aide, il trouverait encore le moyen de faire croire qu’il prend un bain.

— Quoi que ce soit, faites-le vite, Harry.

― L’histoire a un titre, alors surtout je garde ce titre exactement. Mais je passe l’histoire dans un programme de camouflage. Voilà ! C’est fait. Ce programme change deux lettres du texte, au hasard. Même avec un texte assez court, les possibilités sont presque infinies. Le programme répète l’opération constamment et pulse les histoires modifiées par millions, sur le réseau. C’est ce qu’on appelle des leurres. Un lecteur ne lira jamais la véritable histoire. Même si quelqu’un télécharge à nouveau ce stupéfiant électronique il sera perdu au milieu de tous ces leurres inoffensifs. Enfin c’est le cas pour les stupéfiants de catégorie un et deux. Je n’ai jamais eu à traiter une catégorie quatre.

Ne dites pas ça, Harry !

― J’avais remarqué que Cyril avait beaucoup d’imagination. Même pour un surdoué, dit Harry maladroitement. Il ne peut pas être tenu pour responsable. Il n’y a aucun moyen de savoir qu’une histoire se transformera en stupéfiant électronique. Heureusement d’ailleurs. Mais il vaudrait mieux que Cyril évite de télécharger ses histoires à l’avenir.

Inutile de lui dire que j’ai inventé cette histoire moi-même.

― Merci pour ça aussi, dit Jack. Qu’est-ce qui va se passer pour lui ? Est-ce qu’il va se remettre? Je veux dire…

― Demain matin il aura tout oublié. Il n’a lu l’histoire sur son e-book qu’une seule fois. C’est insuffisant pour laisser des traces à long terme, assura Harry.

Par Robert Dorazi
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 14 juillet 2007

Aucun nouveau cas de stupéfiant électronique de catégorie quatre ne fut signalé au cours des trois semaines suivantes. Le cours des actions Syber ne souffrit pas trop de l’épisode et, aussi incroyable que cela puisse paraître, la liaison entre Syber et Lamande demeura secrète. En tous cas, aucun journal ne publia d’histoire. Jack (et peut-être Leboulanger) était le seul à savoir.

― Comment va Cyril ? demanda Leboulanger.

― Il enrage toujours ses profs avec ses questions. Mais pour le reste, il va bien. Merci de demander.

― Aussi étrange que ça paraisse, ce type de chez SyberMonde, Harry, m’a affirmé qu’il avait détruit le stupéfiant électronique par erreur ! Je crois qu’il m’a prit pour un con. Mais je suppose qu’il a ses raisons. Et puis après tout, ça me convient parfaitement.

― Vous avez un autre rendez-vous avec le divisionnaire ce matin, boss ? demanda Jack pour détourner la conversation.

― Comment est-ce que vous savez ça, Kovac ?

― À cause du croissant au chocolat sur votre bureau. Vous n’y avez pas touché !

 

Juste après son déjeuner, Jack rendit visite à Harry. Une visite assez délicate puisqu’Harry avait deviné, au moins en partie, ce qui s’était passé. Mais il n’y fit aucune allusion. Il était bien trop excité par l’idée qu’il avait eue concernant un nouveau mode d’écran pour les e-book.

— Comme je vous l’ai dit l’autre jour, je pourrais même créer ma propre entreprise. Avec ce brevet, ma fortune serait faite. Il faudrait juste que je lève suffisamment de fonds pour démarrer, dit Harry.

— Syber va pouvoir vous aider, répondit Jack. Il est assez riche pour ça !

Harry fit une moue.

— Non ? Moi je suis certain que Syber sera enchanté au contraire. Tout ce que vous avez à faire, c’est de lui demander, ajouta Jack.

— Vous ne connaissez pas Syber !

Jack sortit son portable et composa un numéro.

― Allo, Syber ? C’est Kovac. Comment ca va cher ami ? Inutile de répondre, parce que pour tout dire, je m’en balance. Je suis avec quelqu’un qui a besoin de vous. C’est un service que vous ne pouvez pas lui refuser. On en a parlé hier. Vous vous souvenez ?

Jack se tourna vers Harry et lui passa le portable.

— Dites-lui combien vous voulez pour démarrer. Et n’oubliez pas de dire « s’il vous plait. »

Harry lui fit signe qu’il était fou. Mais Jack insista et lui mit le téléphone dans la main.

— Monsieur Syber. Je suis désolé de vous déranger… Pardon ?… Vous êtes sérieux ?… Oui monsieur, bien sûr. Je n’arrive pas à y croire. Je prépare les papiers, monsieur Syber. Vous n’aurez qu’à signer… Combien ? Je suppose qu’avec…

Jack montra trois doigts et articula un mot qui horrifia Harry.

— Je pense que trois millions… ?

— N’oubliez pas de dire « s’il vous plait », murmura Jack.

— … S’il vous plait.

Harry rendit son mobile à Jack et faillit tomber dans les pommes.

— Il m’avance trois millions d’euros, Jack. Il faut que je m’assoie.

— Je vous l’avais bien dit. Il suffit d’être poli. Je vais rentrer maintenant. Je dois passer à la librairie et ensuite j’ai un rendez-vous important.

— Une femme ? demanda Harry avec un sourire.

— Une femme, oui.

 

Jack n’était pas un habitué des librairies et les librairies le lui rendaient bien. Il gonflait ses joues, tournant la tête à droite et à gauche.

Relax nom d’un chien. Le surveillant va finir par penser que tu cherches à piquer un bouquin.

— C’est toujours difficile de choisir, n’est-ce pas ? Quel âge a votre enfant ? demanda une voix féminine dans son dos.

Jack en sursauta presque.

— Euh… Mon garçon a sept ans, répondit-il.

— Alors ce n’est pas le bon rayon, lui indiqua la jeune femme. Ici, ce sont les livres pour les enfants de quatre à six ans qui commencent juste à lire. Vous devriez aller voir plutôt de l’autre côté. Ma fille a le même âge que votre fils. Tenez, j’ai choisi Bernard et l’écureuil. Je suis sûre que votre garçon l’aimera aussi.

— Bernard et… Oui, je vais prendre celui-ci. Merci madame… ?

— Amandine. Amandine Jamet. Je viens d’emménager  en ville. Ravie de vous rencontrer.

— Jack Kovac. Enchanté. J’habite Garville depuis toujours. Alors si vous avez besoin d’un guide...

— Merci pour l’offre. Je suppose que nos enfants iront à la même école.

Jack rougit malgré lui.

— Cyril… Cyril fréquente une école spéciale, pour dire la vérité.

Cela ne sembla pas troubler la femme plus que ça.

— Mais Garville n’est pas bien grande, alors d’une façon ou d’une autre il y a fort à parier qu’on se reverra, dit-elle. Et puis vous et votre épouse, vous pourrez venir prendre un café un de ces jours, en voisin. J’habite à deux pas d’ici, rue des Charmes.

— Je suis divorcé, mais je viendrai pour le café avec plaisir, dit Jack. Je connais bien la rue des Charmes.

Lorsque la femme aux jolis yeux verts et au parfum si doux fut sortie, Jack revint au rayon où il l’avait rencontrée. Il prit deux ou trois des livres qui s’y trouvaient. Maintenant il avait une autre course urgente à faire.

 

— Je prendrai vingt de ces roses, dit Jack.

La jeune fille lui fit un bouquet. Il paya et ressortit. Direction la Place des Forains.

Il faisait beau temps. Un temps idéal pour un anniversaire. Jack laissa sa Peugeot près de la grille d’entrée. Émile était là. Il n’avait pas beaucoup changé depuis presque dix huit ans que Jack le voyais presque chaque mois. Il n’avait déjà plus beaucoup de cheveux quand il l’avait vu pour la première fois. Ils n’avaient pas repoussé depuis !

— Salut Jack. Belle journée, hein ? Elles sont jolies vos roses. Votre sœur va adorer.

— Je crois, oui.

Jack passa la grille, marcha sur les graviers de l’allée G jusqu’au numéro 11 puis tourna à droite et fit encore quelques pas. Il y était.

— Bonjour petite sœur. Aujourd’hui c’est ton anniversaire. Tu as vingt ans. Regarde, Je t’ai amené des roses rouges. Une pour chaque année. Cyril voulait venir mais je crois que ce n’est pas un endroit pour lui. C’est juste entre toi et moi, petite sœur. Chaque fois que je viens ici, je promets… Que je pleurerai pas… Mais c’est plus fort que moi. J’ai une nouvelle à t’annoncer. Aujourd’hui j’ai acheté des livres. Tu sais, des livres de gosses pour apprendre à lire. Alors tu comprends, bientôt il faudra que je change de boulot, sauf à devenir aveugle comme Leboulanger. C’est drôle quand on y pense, non ? Leboulanger a été nommé parce qu’il était aveugle et qu’il ne pouvait pas être affecté par ces stupéfiants électroniques. Et Leboulanger nous a choisis, Galdini, Karen et moi, parce qu’on savait quasiment pas lire.

D’ailleurs le BUSTE pourrait bien disparaître d’ici peu. Harry Base, le gars qui travaillait pour Syber, a monté sa boîte. Syber lui a bien gentiment prêté l’argent pour ça. Bon, j’avoue que j’ai un peu fait chanter Syber, mais Syber était pas blanc bleu et Harry est certain de pouvoir inventer un nouveau type d’écran pour les e-books. Ça résoudrait tous les problèmes de stupéfiants électroniques. Enfin on verra. Bon, je crois… Je crois que je vais y aller maintenant. Promis juré, le mois prochain je te lirai une histoire. Et surtout… Surtout ne fais pas de bêtise, d’accord ? Moi aussi j’ai eu vingt ans, alors je sais de quoi je parle.

Jack se baissa et posa les roses tout à côté de la photo du sourire immense que seul le visage d’une petite fille aux cheveux blonds pouvait retenir.

 

Martine Kovac

13 Juin 2014-18 Août 2016

 

Par Robert Dorazi
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 9 juillet 2007
La liste des cinq finalistes a donc ete publiee sur le site des blogauteurs.

Sur des rails
Manipulé
Une source parmi les ruines
Je reviens de mourir
Maison Eden Paris

Bientot nous pourrons lire les cinquante premieres pages de chacun des cinq romans et voter.
Par Robert Dorazi - Publié dans : Concours blogauteurs
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 26 juin 2007
Et dire qu'un mois s'est deja ecoule depuis que j'ai envoye mon roman par e-mail au Navire en Pleine Ville! Le temps file decidement.
Par Robert Dorazi - Publié dans : Toupourlamagy
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 22 juin 2007
En fait le premier exemplaire (peut-etre le seul...?) de Toupourlamagy a ete envoye a  "Fulmi" alias Francois Martini qui m'avait offert l'un de ses livres intitule "Le Temps" et qu'il imprime lui-meme pour l'instant en attendant de trouver un editeur, ce qui, j'espere, ne saurait tarder. L'autre exemplaire que j'ai book-lulu1.jpg lulu-book2.jpg

commande pour moi-meme est un exemplaire de la version anglaise "Olwizcomyr". Je voulais voir de visu ce que pouvait donner l'impression par LULU. C'est assez honnete je dois dire. Le papier est de bonne qualite, meme si la couverture est assez fine. Mais elle est plastifiee et c'etait une bonne surprise. Les couleurs de la couverture ne sont pas tout a fait fideles a celles du dessin powerpoint mais ce n'est pas trop genant. Et j'ai pu me rendre compte que je devais elargir le format du dessin de facon a ce qu'il couvre toute la couverture. J'ai donc rectifie en attendant de recommander un autre exemplaire?
Mais c'est agreable de tenir dans les mains le produit de quelques annees de travail pas tres acharne mais tout de meme.
Par Robert Dorazi - Publié dans : Toupourlamagy
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander

Catégories

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Publicité

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus